POUR L’ENSEIGNEMENT DU FLAMAND ET DU PICARD

Manifestation à Lille le 31 mars 2012
lundi 2 avril 2012

Avec des manifestations dans de nombreuses régions de France, les
langues régionales ont bénéficié aujourd’hui d’une journée de mobilisation
sans précédent.
L’ajout de l’article 75-1 à la Constitution en 2008 avait entraîné des
attentes importantes en matière de législation, attentes qui n’ont pas été
suivies des faits et qui provoquent sur l’ensemble du territoire et à la veille
des scrutins présidentiel et législatif une mobilisation dans un très grand
nombre de régions de France (voir www.languesregionales.org ).
Pour ce qui est de notre région, Flamands et Picards se sont unis pour faire
entendre leurs voix et réclamer ensemble la reconnaissance de leurs
langues par le Ministère de l’Education nationale.
Le thème principal de cette journée était de sensibiliser les candidats à la
Présidence de la République à la nécessité pour la France de ratifier la
Charte Européenne des langues minoritaires afin de donner enfin à ses
langues un véritable statut. La France fait en effet partie des 4 pays
d’Europe qui ne l’ont pas encore ratifiée.
La deuxième revendication est la demande d’une législation pour les
langues régionales afin de pouvoir sortir du statu quo actuel qui fait qu’en
matière de langues, on ne peut entreprendre que ce qui n’est pas interdit
puisqu’aucune loi ne cadre aujourd’hui le champ des possibles.
En ce qui concerne plus spécifiquement le flamand, outre les deux thèmes
précédents, les manifestants emmenés par l’Akademie voor Nuuze
Vlaemsche Taele – Institut de la Langue Régionale Flamande et les élus
qui les ont rejoints (député, conseillers régionaux et généraux, maires...),
ainsi que des parents et un représentant du SGEN CFDT, ont fait valoir
leur principale revendication qui porte sur leur demande de reconnaissance
du flamand par l’Education Nationale.
En effet, après avoir obtenu en 2006 des Pouvoirs Publics un accord pour
lancer une expérimentation d’enseignement du flamand pendant 3 ans, le
dossier semble aujourd’hui complètement bloqué. L’évaluation qui en a
été faite par un collège d’experts de l’Education Nationale avait conclu
positivement en proposant un ajout du flamand sur la liste des langues
reprises au Bulletin officiel de 2001 de l’Education nationale.
Contrairement à toute attente, l’Inspectrice adjointe de l’Académie de
Lille avait préféré marquer une pause en ne donnant aucune autorisation
complémentaire et en laissant « pourrir » le dossier.
A ce jour 350 enfants bénéficient d’un enseignement ou d’une initiation au
flamand et 75 % des familles concernées par l’expérimentation se disent
favorables à ce que leur enfant apprennent le flamand.
Outre le fait que cet enseignement de langue aide à la transmission de leur
culture régionale, il développe les compétences linguistiques de l’élève, si
importantes dans le monde planétaire que nous connaissons, et donne des
atouts importants en matière sociale, car la connaissance du flamand est
véritable outil dans un certain nombre de professions en Flandre française
(tourisme, estaminets, produits régionaux,...), ainsi qu’en matière
d’emplois transfrontaliers car, faut il le préciser, le taux de chômage est de
12 % dans le département du Nord et de 5 % en Flandre Occidentale belge
où la connaissance du flamand est un véritable atout.
Après avoir défilé du Rectorat à la préfecture, Une délégation a été reçue
pendant plus d’une demi-heure en Préfecture par le représentant du Préfet
du Nord et qui n’était autre que le Sous-préfet de Cambrai Etienne Stock.
La délégation était composée de 5 élus (M.le député Jean Pierre Decool,
Mme la conseillère régionale Delphine Castelli, M. le conseiller régional
Paulo-Serge Lopès, Mme la conseillère générale suppléante et maire de
Wemaers Cappel Laurence Barrois et M. René Kerckhove, président de la
Communauté de communes de l’Yser et maire de Wormhout) et de 6
représentants associatifs ( Jean-Paul Couché président de l’Institut de la
Langue Régionale Flamande, Félix Boutu président d’Yser Houck,
Frédéric Devos président de Flamand Langue Vivante, Marie-Christine
Lambrecht présidente de Het reuzekoor, Philippe Masingarbe président du
Comité Flamand de France pour le flamand ainsi que le linguiste Alain
Dawson pour le picard).
La délégation flamande remit au Préfet 666 signatures de soutien à la
demande de reconnaissance du flamand par l’Education nationale dont
celles de 95 élus, 60 personnalités et près de 500 soutiens reçus sur le site
de la pétition en ligne.
Elle précisa qu’au rang des élus figurent 2 anciens ministres : Jacques
Legendre et Michel Delebarre et une ancienne secrétaire d’Etat Françoise
Hostalier, plusieurs sénateurs et députés dont un vice président de
l’Assemblée Nationale, un nombre important de conseillers généraux et
régionaux dont plusieurs vice-présidents et plus de la moitié des maires de
l’arrondissement de Dunkerque.
Au rang des personnalités : de très nombreux présidents d’associations,
des universitaires, des chercheurs et des chefs d’établissement scolaires
ainsi que de nombreux soutiens de Flandre belge.
Le socle de représentation de ces signataires au sein de la société civile,
droite et gauche confondue montre, si cela restait à démontrer, l’assise très
large de cette revendication et l’ampleur du malaise entraîné par l’absence
d’écoute des Pouvoirs Publics sur ce sujet malgré le nombre important
d’interpellation dont ils ont été l’objet depuis plusieurs années.
Le président de l’ANVT-ILRF, Jean Paul Couché, demanda au Préfet
Stock de bien vouloir remettre à M. le Préfet Bur l’ensemble de ces
signatures ainsi que le courrier qui les accompagne afin qu’il transmette
ces doléances au Président de la République pour qu’une réponse positive
soit enfin donnée à la demande d’ajout du flamand à la liste des langues
reprises sur le Bulletin Officiel n°33 de 2001 de l’Education Nationale
afin que cesse le traitement discriminant appliqué au flamand.
Alain Dawson en fit de même en ce qui concerne la langue picarde et lui
remit le courrier de revendications pour l’enseignement du picard.
Jean-Paul Couché demanda également à ce qu’une réponse soit apportée et
que la demande ne soit pas traitée par le mépris comme l’ont été plusieurs
rencontres auprès des Pouvoirs Publics, c’est-à-dire sans réponse, malgré
les titres et fonctions des élus qui appuyaient cette démarche.
M. le Préfet Stock a conclu en disant que le caractère apaisé et digne de la
manifestation organisée par notre Institut et les élus signataires étaient
propices à une écoute bienveillante des Autorités.
L’avenir proche nous éclairera sur la suite qui sera effectivement donnée.